Madrid regorge d’histoires transmises de génération en génération. Certaines s’appuient sur des documents, d’autres relèvent de la pure tradition. Dans cet article, nous passons en revue six histoires du vieux Madrid et, pour chacune, nous séparons ce que raconte la légende de ce que disent les sources.

Comment Madrid est-elle vraiment née ?

Avant les légendes, un point de départ solide. Madrid est née sous le nom de Mayrit, une place militaire fondée au IXe siècle par l’émir Mohammed Ier de Cordoue. Le nom actuel en dérive.

Cette première muraille s’élevait sur la hauteur, près de l’emplacement actuel du Palais royal et de la cathédrale de l’Almudena. Plusieurs légendes de cet article tournent autour d’elle.

La Vierge de l’Almudena, cachée dans la muraille

Ce que raconte la légende

La légende raconte qu’à l’arrivée des musulmans dans la ville, au début du VIIIe siècle, les chrétiens cachèrent une image de la Vierge dans une tour de la muraille, près de l’ancienne église Santa María.

Selon la tradition, l’image réapparut le 9 novembre 1085, après la prise de la ville par le roi Alphonse VI. Pendant une procession, un pan de la muraille s’ouvrit et l’on y trouva la Vierge à l’Enfant. À côté d’elle, deux cierges brûlaient encore après des siècles. Certains disent que la fumée de ces cierges explique la teinte sombre de l’image.

Ce que dit l’histoire

Le nom, lui, a une explication documentée. Almudena vient de l’arabe al-mudayna, qui signifie citadelle ou enceinte fortifiée : le lieu auquel on associe l’image.

La cathédrale dédiée à la patronne est bien plus récente. Alphonse XII en posa la première pierre en 1883 et le pape Jean-Paul II la consacra en 1993.

L’Ours et l’Arbousier : un procès pour des pâturages

La question

La statue de l’Ours et de l’Arbousier, el Oso y el Madroño, sur la Puerta del Sol, est un point de rendez-vous des Madrilènes. Mais pourquoi un ours, et pourquoi un arbousier ? Ici, la réponse n’est pas une légende, mais un procès.

Ce que dit l’histoire

Selon la mairie de Madrid, l’ours rappelle que cet animal vivait dans les montagnes de la région, comme le montrent plusieurs documents. Dès l’époque d’Alphonse VIII, les habitants portaient sur leur bannière une ourse avec sept étoiles sur le dos.

L’arbousier apparut après un procès entre la Villa, c’est-à-dire la commune, et le Cabildo, le corps des clercs de la ville, à propos de la propriété des pâturages et des arbres. Il fut convenu que les pâturages iraient au Cabildo, et les arbres et la chasse à la commune. Depuis, les armoiries de Madrid montrent l’ours dressé contre l’arbousier.

Un roi de France a-t-il été prisonnier dans la tour des Lujanes ?

Ce que raconte la légende

Sur la Plaza de la Villa se dresse la Torre de los Lujanes, la tour des Lujanes. La tradition veut que François Ier y ait été retenu prisonnier après sa capture à la bataille de Pavie, en 1525.

Ce que dit l’histoire

Les sources municipales rapportent cette histoire comme une légende et ajoutent que, selon d’autres versions, le roi y fut seulement logé. Aucune preuve concluante n’établit que la tour fut sa prison.

Ce qui est documenté, c’est l’édifice. Álvaro de Luján fit construire la maison et la tour avant 1471. Sur la porte de la calle del Codo, vous verrez un arc outrepassé, en fer à cheval, aux grands claveaux de pierre, unique dans la ville.

La maison des Sept Cheminées et son fantôme

Ce que raconte la légende

Peu de maisons à Madrid ont autant d’histoires. Une légende dit que ses sept cheminées représentent les sept péchés capitaux. Une autre, très ancienne, raconte qu’une fille illégitime de Philippe II y vécut enfermée et que son esprit hante encore les lieux.

La tradition populaire en fait le décor d’une histoire d’amour et de mort à la cour de Philippe II. Aucune source sérieuse ne la confirme.

Ce que dit l’histoire

La Casa de las Siete Chimeneas est l’un des rares exemples d’architecture civile du XVIe siècle encore debout à Madrid. L’architecte Antonio Sillero la construisit entre 1574 et 1577 pour Pedro de Ledesma, secrétaire d’Antonio Pérez.

Elle eut des propriétaires célèbres, comme le comte-duc d’Olivares, le marquis d’Esquilache ou Manuel Godoy. En 1881, le banquier Jaime Girona l’acheta et, à partir de 1926, elle fut pendant quelques années le premier siège du Lyceum Club Femenino, un club féminin pionnier.

San Isidro et le miracle du puits

Ce que raconte la légende

San Isidro, saint Isidore le Laboureur, est le patron de Madrid. La tradition raconte qu’un jour son fils tomba dans un puits. Isidro et sa femme, Santa María de la Cabeza, ne parvenaient pas à le sortir et prièrent la Vierge de l’Almudena. Alors l’eau du puits monta et l’enfant apparut sain et sauf, flottant dans son panier.

Ce que dit l’histoire

Selon la tradition, Isidro vécut et mourut au XIIe siècle dans la maison de son maître, Iván de Vargas. Sur ce terrain se trouve aujourd’hui le Museo de San Isidro, consacré aux origines de Madrid.

Le musée conserve le puits associé au miracle, dans une petite salle sobre. Ce qui est historique, c’est le lieu et la dévotion ; le miracle appartient à la tradition.

Pourquoi mange-t-on des raisins aux douze coups de la Puerta del Sol ?

Ce que l’on raconte

Chaque 31 décembre, des milliers de personnes se rassemblent sur la Puerta del Sol pour manger douze grains de raisin, un à chaque coup de l’horloge de la Real Casa de Correos.

Ce que disent les sources

L’office de tourisme de Madrid retient 1909 comme l’explication la plus répandue. Cette année-là, les viticulteurs du Levant, la région de l’est de l’Espagne, eurent une récolte si abondante qu’ils distribuèrent du raisin en affirmant qu’en manger le soir de la Saint-Sylvestre portait chance. C’est la théorie la plus populaire, mais pas la seule : mieux vaut la présenter ainsi.

Comment distinguer légende et histoire en se promenant

  • Méfiez-vous des dates précises dans les récits de miracles : elles viennent souvent de la tradition.
  • Vérifiez si une source officielle ou universitaire rapporte l’histoire, et comment elle la présente.
  • Savourez la légende comme une légende : elle en dit long sur l’image que la ville avait d’elle-même.

En résumé

  • Mayrit : Madrid est née au IXe siècle comme place forte de l’émir Mohammed Ier. C’est de l’histoire.
  • Almudena : l’image cachée dans la muraille et retrouvée en 1085 relève de la légende ; le nom arabe et la cathédrale, bâtie de 1883 à 1993, de l’histoire.
  • L’Ours et l’Arbousier : le procès entre la commune et le Cabildo est rapporté par la mairie elle-même.
  • Tour des Lujanes : la captivité de François Ier est une tradition sans preuve concluante.
  • Sept Cheminées : le fantôme est une légende ; la maison, bâtie de 1574 à 1577, de l’histoire.
  • San Isidro : le miracle du puits relève de la tradition ; le musée et son puits sont un lieu réel que l’on peut visiter.
  • Raisins : la théorie de 1909 est la plus répandue, mais pas la seule.

Quand menumentos sera lancé, ces histoires résonneront sur votre téléphone en passant devant chaque lieu, et chaque légende commencera par « la légende raconte ».

Sources

  1. Historias y leyendas de la Almudena · Diario de Madrid (Ayuntamiento de Madrid)
  2. Historia de la Catedral · Catedral de la Almudena
  3. Madrid Islámico. La historia recuperada · Ayuntamiento de Madrid
  4. Oso y Madroño · Patrimonio cultural y paisaje urbano (Ayuntamiento de Madrid)
  5. Escudo de la Villa · Patrimonio cultural y paisaje urbano (Ayuntamiento de Madrid)
  6. Casa y torre de los Lujanes · esMadrid
  7. Casa de Don Álvaro de Luján · Memoria de Madrid
  8. Casa de las Siete Chimeneas · esMadrid
  9. Casa de las Siete Chimeneas · Patrimonio cultural y paisaje urbano (Ayuntamiento de Madrid)
  10. Museo de San Isidro. Pozo del milagro · Ayuntamiento de Madrid
  11. Nochevieja en la Puerta del Sol · esMadrid

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